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L’altérité humaine enseigne

30 sept.
6 min de lecture

Après 2 ans sans réseaux, je dois dire qu’être sur Substack me fait réfléchir. Oui, je lis des pensées et des articles passionnants, drôles, intéressants qui me font rire, pleurer, aimer. Je vois aussi les mêmes problématiques qui ne m’avaient pas manqué. Pour moi, les réseaux sociaux sont un immense laboratoire de la mise en abyme des relations humaines. À échelle réduite, nous pouvons voir en boucle l’histoire de notre humanité se répéter à l’infini sur la toile du web.


Les mouvements de foule, les batailles, les jugements, les guerres qui commencent entre individus sur des sujets parfois triviaux, parfois infiniment délicats, et parfois violents. Sans distinguer les registres, manquant cruellement de nuances tout fini par s’embrouiller, au sens propre et figuré. Le cerveau qui n’aime pas l’incertitude est alors poussé vers les extrémités totalitaires. Il est prêt à se conformer au-delà de la volonté pour retrouver une cohérence de groupe dans son expérience sociale. Le but du cerveau est toujours de réduire la confusion, la dissonance et la solitude.


L’altérité est un mot utilisé dans plusieurs disciplines et donc ayant plusieurs définitions mais si l’on revient à la base dans l’étymologie Alter veut dire autre en latin. Partons de là: l’origine. Ce mot ici, nous l’employons pour parler de la multiplicité d’expériences présente dans notre humanité. L’altérité est ce que l’on trouve à l’extérieur de soi qui nous enseigne des parts inconnues de nous-mêmes en déclenchant des réactions. En voyant l’autre, il est possible de se voir mieux soi-même.


L’autre est un indice. Aimer ou ne pas aimer, est une information. L’altérité nous entoure et elle nous habite aussi, nous dit l’alter-ego, dans le vocabulaire. Chacun vit avec des paradoxes. Ces paradoxes forment des parts identitaires et ces parts vivent l’altérité à l’intérieur de notre être sous forme de contradictions violentes en soi. Ces parts nous poussent alors aussi vers nos extrémités internes. L’identité sociale, et ses mouvements de balanciers d’un extrême à l’autre, est un miroir des processus individuels et internes qui se déroulent aussi dans l'inconscient.


Chacun de nous est née dans un monde qui existait déjà et a hérité de batailles internes sans n'avoir rien demandé. Dans une humanité qui avait une histoire: une histoire commune, une histoire culturelle, une histoire nationale, une histoire de proximité, une histoire familiale. Notre histoire n’est pas vierge de ces histoires. L’altérité nous a embrassé et câliné depuis le berceau, en prendre conscience est la première fissure que chaque humain a en commun: nous sommes des êtres séparés de notre mère.


Nous ne sommes pas elle, elle n’est pas nous. Et si des femmes construites peuvent perdre la tête, ou presque, en ressentant cet état de fusion avec leurs bébés alors qu’elles ont une somme d’expériences de vie à mettre en perspective. Un bébé sensible et n’ayant pas les mots peut imprimé une forme de douleur face à l’altérité. Un conditionnement précoce qui sans accompagnement peut finir par créer une peur face à l'inconnu et la différence.


Parce que le bébé, que nous ne nous rappelons pas avoir été, a vécu la découverte de l’altérité comme une douleur extrême. Nous naissons teintés, pré-conditionnés, avant même le début du conditionnement vivant. La plus infime experience laisse une petite empreinte, qui peut devenir un trait bien imprimé dans des conditions où cela se répète assez souvent. Le conditionnement vivant c’est ce qui se construit dans l’interaction entre le vécu et la sensibilité, et qui forme notre identité. Notre identité est le fruit de cette construction inconsciente au fil de notre vie.


Parce que l’altérité nous altère, nous sommes dépendants des uns des autres pour comprendre les parts que l’on a absorbé alors qu’elles ne sont pas nécessaire à notre partition ni à notre bonne composition. Prendre conscience de notre propre altérité et marier nos paradoxes aide à se connaître, se comprendre, se faire de plus en plus confiance et petit à petit, s’aimer un peu mieux.


L’altérité permet de nous ausculter profondément. Si nous écoutons. Que l’autre déclenche une émotion agréable qui nous alimente ou désagréable qui nous irrite, cette émotion nous dit quelque chose de nous-même. Ces émotions instantanés sont le fruit d’une construction qui réside dans l’interaction entre le ressenti présent et la réalité qui arrive à ce moment là. Les choses nous touchent d’une certaine manière parce que nous avons un ressenti construit avec l’identité. C’est ce ressenti dont il est possible de prendre de mieux en mieux conscience pour démêler l’identité de l’essence, démêler ce qui est acquis de ce qui est inné.


Et chaque rencontre avec l’altérité, quel que soit ses traits est une information pour enquêter sur votre être. Si vous avez déjà joué à modifier vos photos, vous avez pu expérimenter que plus le contraste est fort, plus l’on voit bien les détails. L’altérité est notre contraste vivant pour se voir mieux. Dans notre cerveau, notre corps et notre expérience, nous sommes difficilement capable de nous voir vraiment objectivement, et souvent incapable de percevoir ce que nous faisons de différents ou de semblables avec l’autre. Dans le sens où l’on a toujours vécu dans soi-même, sans avoir l’occasion d’expérimenter d’autre corps, cerveaux et vécus. Nous ne savons pas l’expérience des autres. Les préjugés et les stéréotypes nous mentent la plupart du temps.


Parce qu’il y a tous les autres, nous n’avons pas besoin de tout savoir-faire, nous pouvons alors lâcher-prise, sentir la détente de ne plus tout avoir à tenir. Nous avons besoin que d’autres s’intéressent à d’autres choses, là où sont nos limites, pour que tous les domaines de recherches et d’innovations soit couverts. Pour que chacun trouve les ressources dont il a besoin pour son expérience d’incarnation.


L’altérité est notre trésor le plus précieux pour comprendre le sens de la vie, apprendre à s’aimer, et rester vivants. Mais sans notre conscience pour conduire le mental, cela demeure un instrument de division et de diversion. L’absence de contraste et de différence n’est pas souhaitable. Lutter contre l’uniformisation en donnant le soutien et la place que nous aimerions pour nous-même à autrui afin que chacun devienne exactement lui-même, et en ayant le courage d’être soi, est le genre de pas grand chose qui a le potentiel de changer beaucoup de choses.


Qu’est-ce que vous feriez différemment si vous ressentiez plus de soutien et de bienveillance autour de vous?


Si vous n’aimez pas quelqu’un ou quelque chose ne vous arrêtez pas là. Demandez-vous ce que cela veut dire de vous? De vos croyances, de vos habitudes, de vos goûts, de vos valeurs. Et petit à petit vous expérimenterez une belle expérience : celle d’avoir de l’amour et de la gratitude pour chaque être qui nous enseigne par le contraste dans le vivant. Vous aurez petit à petit, en longeant l’altérité qui nous révèle, développé l’esprit de coopération solidaire qui remplace la comparaison sociale et le jugement qui nous abîme l’âme, et érode l’estime de soi.


Avoir de la joie pour autrui décuple la joie en soi, c’est mathématique. C’est pareil pour l’amour, plus on s’aime, plus l’on a de l’amour en soi, plus on aime.


L’altérité humaine est un passage si l’on suit les indices laissés par l’Autre. Sans se rencontrer, il demeurera presque impossible de rencontrer l’autre sans y projeter les parts d’inconscience de nous-même. C’est simplement un mécanisme du cerveau qui touche tout le monde: On perçoit les choses non comme elles sont mais comme nous sommes. Et plus l’on est sensible, plus l’on est subjectif, plus c’est fort. Il y a des études intéressantes qui illustrent ces mécanismes. Mais chaque humain qui se cherche, a déjà conscience de ces mécanismes étudiés en psychologie, même avant d’y poser le mot complexe et arbitraire choisis pour dire ça.


Écoutez votre ressenti, il vous dit ce dont vous avez besoin. Le système nerveux est un système autonome qui nous garde en vie. Nous n’y avons pas vraiment accès, et heureusement! En revanche, nous avons accès à son impression dans les sensations du corps qui est le ressenti avec lequel on

peut travailler activement pour reconditionner le mental. Et ça a un impact sur la manière dont l’on se sent dans son corps, c’est vrai. Mais on ne hack jamais le système nerveux, on hack le mental. Et petit à petit ça reconditionne le ressenti.


Expliquer le fonctionnement de notre humanité est mon sujet de prédilection, tout ce que j’écris vient d’une expérience intime. Traduire de l’intime à l’universel est un exercice périlleux pour ne pas dire dangereux. C’est pour ça que je continue a me remettre en question et que j’apprécie l’altérité et la critique. N’hésitez pas à oser vous exprimer sur le spectre de la critique, avec bienveillance et politesse dans vos désaccords. En plus, c’est un bon entraînement d’exprimer un commentaire négatif avec bienveillance. Plus on s’entraine, plus ça devient naturel dans des conditions beaucoup plus importantes de la vie. Pareil pour les commentaires positifs.


Merci de m’avoir lue.

Marine



 
 
 

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